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014

Texte par Tom Laurent

Septembre 015

Qualifier la peinture de Mathilde Denize consiste avant tout à en décrire la réalisation, au lieu de

chercher à en déterminer une signification éventuelle. Tout d’abord parce que l’on serait bien en

peine de nommer – ce qui reviendrait à les « verbaliser » – la plupart des formes qui s’y agrègent

ou s’y dissolvent. Mais aussi car ses travaux picturaux récents assument une précarité, dès lors

que l’on veut bien les considérer comme les fragments d’un territoire dont l’étendue reste

impossible à mesurer. L’horizon que pourrait fixer l’oeuvre de Mathilde Denize apparaît sans

cesse repoussé, renvoyé en aval d’un ensemble de pratiques effectives. Parmi celles-ci, on

compte la collecte et la fabrication d’objets, l’assemblage, la génération d’espaces et enfin, la

formation d’images peintes: autant de gestes intuitifs, perméables les uns aux autres.

Dans les petits formats de Mathilde Denize, notamment ceux réalisés à New York, la dimension

combinatoire se retrouve à l’état latent, quand la mobilité de certains éléments dans ses

assemblages laisse ouvert leur agencement. Certaines récurrences – notamment leur gamme

chromatique – les constituent en « phénomènes » d’un principe qui les lierait tous, mais reste

caché. La genèse des oeuvres du séjour new-yorkais en porte la marque : l’artiste les a réalisées

de front, s’attelant à l’une d’elles en gardant à vue d’oeil d’autres peintures en cours d’exécution.

Cette porosité, d’une pièce à l’autre, se prolonge dans les fonds crayeux, où l’on pourrait

presque lire l’absorption de la lumière et de la poussière environnante, et implique des

résurgences plus mentales. Les indications de volumes, entre concrétion minérale, édicule ou

butée, rappellent en creux des formes similaires à celles présentes dans son travail

d’assemblage. Peints, ces motifs véhiculent une oscillation de la représentation, entre le

substrat d’expériences plastiques antérieures, la présence autonome, et l’ébauche de

sculptures à venir. Et lorsque Mathilde Denize explique que la modestie de leurs dimensions

rejoint la taille du bagage qu’elle a ramené à Paris, et celui de l’espace réduit où elle a travaillé,

on songe alors à des « Peintures-en-valise », pour singer Marcel Duchamp, « auteur » d’À bruit

secret, un ready-made aidé. Mathilde Denize elle aussi cultive la part manquante, mais sa

pratique invite, plutôt que de prendre appui sur la butée du sens et l’écart des mots, à activer

ses oeuvres en les reconfigurant.

                                         

                                                                                     La logique des événements fortuits

                                                                                           

                                                                                           Tom Laurent, Paris Juillet 2015

Hasard d'Ensembles par Guitemie Maldonado

Catalogue d'exposition

013